Quand on pense à la supervision, on imagine souvent un espace où l’on vient parler d’un patient avec lequel on se sent bloqué, poser quelques questions et repartir avec de nouvelles pistes.
Mais une supervision peut être bien plus que cela.
Elle permet de progresser sur le plan technique et théorique, mais aussi de travailler sa posture de thérapeute. Bien utilisée, elle peut également contribuer au bien-être professionnel du psychologue : on porte moins seul certaines situations, on comprend mieux ce qui se joue dans la thérapie et on retrouve parfois une direction là où tout semblait s’être un peu embrouillé.
Encore faut-il choisir un superviseur avec lequel on peut réellement travailler… et apprendre à utiliser cet espace.
Voici les repères qui me semblent importants, aussi bien dans ma pratique de psychologue que dans mon expérience de la supervision.
Supervision et thérapie : deux espaces à ne pas confondre
Avant toute chose, il me semble important de distinguer supervision et espace thérapeutique.
En supervision, on ne s’intéresse pas uniquement au patient. Ce qui se passe chez le thérapeute a aussi son importance.
Un patient peut nous agacer, nous inquiéter, nous toucher particulièrement. Nous pouvons avoir très envie qu’il progresse, nous sentir impuissants avec lui ou avoir tendance à faire davantage que ce que nous faisons habituellement.
Tout cela constitue du matériel clinique précieux.
Le superviseur peut alors aider le thérapeute à démêler ce qui lui appartient et ce qui appartient à la situation clinique. Il peut pointer certains éléments liés à la personnalité ou à l’histoire du thérapeute lorsqu’ils interviennent dans la prise en charge.
Mais l’objectif n’est pas de retraiter l’histoire personnelle du thérapeute.
Le regard revient toujours vers le patient et vers la thérapie : qu’est-ce que cela nous apprend sur ce qui est en train de se passer dans cette prise en charge ?
Comment choisir son superviseur quand on est psychologue ?
Le premier critère qui me semble important est assez simple : partager un référentiel théorique commun.
Lorsqu’un superviseur et un supervisé connaissent et manient les mêmes concepts, le travail est souvent beaucoup plus fluide. On passe moins de temps à traduire sa manière de conceptualiser une situation et davantage à travailler réellement dessus.
Cela ne signifie pas qu’un regard issu d’une autre approche thérapeutique ne puisse jamais être enrichissant. Mais notamment lorsqu’on débute, choisir un superviseur dont l’approche nous est familière facilite beaucoup l’expérience.
Pour autant, la compétence théorique ne suffit pas.
Il faut également pouvoir se sentir en confiance dans la relation avec son superviseur.
Pouvoir dire à son superviseur : « Là, je ne sais plus quoi faire »
Cela paraît évident. Pourtant, les premières fois que nous allons en supervision, nous pouvons facilement avoir envie de montrer que nous faisons « bien ». Cela nous permet d’éviter le fameux « syndrome de l’imposteur ».
On raconte ce qu’on a mis en place, ce qu’on a compris du patient, les interventions pertinentes que l’on a proposées…
Et on laisse parfois de côté ce qui serait justement le plus intéressant à travailler.
« Je ne comprends plus ce qui se passe. »
« Je crois que j’ai mal géré cette séance. »
« Je ne sais vraiment plus quoi lui proposer. »
C’est un écueil assez normal lorsqu’on débute. Être supervisé peut réveiller la crainte d’être évalué et, derrière elle, celle d’être considéré comme un « mauvais thérapeute ».
C’est pour cela que le cadre de supervision doit être suffisamment bienveillant et non jugeant pour permettre de parler réellement de ses difficultés.
Parce que ce sont souvent nos galères qui nous mettent le plus au travail.
Ce que le patient nous fait ressentir est aussi du matériel clinique
Agacement, inquiétude, impuissance, envie de protéger, frustration…
Nous pouvons être tentés de laisser nos propres réactions à la porte de la supervision pour nous concentrer sur le fonctionnement du patient.
Mais oser parler de ce que le patient nous fait ressentir peut fournir un matériel clinique extrêmement riche.
L’enjeu n’est pas de déterminer si nous « devrions » ou non ressentir cela, mais d’essayer de comprendre ce que cette réaction peut nous apprendre.
Que se passe-t-il dans la relation thérapeutique ? Est-ce que cette réaction apparaît également dans d’autres relations du patient ? Est-ce que quelque chose de personnel chez le thérapeute est particulièrement mobilisé ?
C’est précisément là que le regard extérieur du superviseur devient intéressant : il permet de faire apparaître à la fois les problématiques du patient et celles du thérapeute, puis de regarder comment elles peuvent se rencontrer dans la thérapie.
Comment bien préparer une séance de supervision ?
Une supervision utile se prépare souvent avant même le rendez-vous.
Il n’est pas nécessaire d’arriver avec un dossier parfaitement construit ou une conceptualisation terminée. En revanche, prendre quelques minutes pour reprendre ses notes et réfléchir à ce qui nous pose réellement problème peut considérablement enrichir l’échange.
Avant une supervision, je trouve utile de se demander :
- Qu’est-ce que j’ai déjà essayé avec ce patient ?
- Qu’est-ce que cela a produit ?
- À quel endroit est-ce que je me sens aujourd’hui bloquée ?
- Qu’est-ce qui se passe chez moi lorsque je suis avec ce patient ?
- Avec quoi j’aimerais repartir de cette supervision ?
Cette préparation évite notamment de consacrer une grande partie de la supervision à raconter chronologiquement toute l’histoire du patient avant d’arriver, dans les dernières minutes, à ce qui nous pose réellement problème.
Une bonne supervision doit aussi déboucher sur du concret
J’aime conceptualiser les problématiques et essayer de faire apparaître à la fois celles du patient et celles du thérapeute.
Mais comprendre n’est pas toujours suffisant.
À la fin d’une supervision, j’aime pouvoir repartir avec un éclairage concret sur le fonctionnement du patient et un plan d’action à mettre en place sur plusieurs séances.
Pas nécessairement une technique à appliquer mécaniquement lors du prochain rendez-vous mais plutôt une direction clinique suffisamment claire pour savoir ce que l’on va observer, explorer ou expérimenter avec le patient.
C’est d’ailleurs mon critère préféré pour reconnaître une supervision qui m’a été utile :
une bonne supervision est souvent une supervision dont on ressort avec l’envie pressante de revoir son patient.
On a envie de retourner en séance, de regarder autrement ce que l’on ne comprenait plus et d’essayer les pistes qui ont émergé.
Peut-on dire à son patient qu’on a parlé de lui en supervision ?
Il m’arrive de dire à certains patients que j’ai discuté de leur situation avec ma superviseuse.
Ces échanges peuvent être très intéressants. Certains patients se sentent même valorisés de savoir que leur thérapeute a pris le temps de réfléchir à leur situation et de chercher un autre regard.
Cela permet aussi de montrer quelque chose d’important : être psychologue ne signifie pas devoir tout comprendre et tout résoudre seul. Demander un autre regard fait partie du travail.
À quelle fréquence faire une supervision ?
Il n’existe évidemment pas un rythme unique adapté à tous les psychologues et à toutes les pratiques.
Personnellement, je trouve qu’une supervision par mois constitue un bon rythme, notamment lorsqu’on débute.
L’intérêt d’une certaine régularité est aussi de ne pas considérer la supervision uniquement comme une solution d’urgence à laquelle on aurait recours lorsque l’on est complètement bloqué.
On peut y apporter une impasse clinique, bien sûr, mais aussi une situation qui nous interroge, une émotion inhabituelle face à un patient ou simplement l’envie d’affiner notre conceptualisation et notre posture. J’aime bien même préparer une supervision pour un cas avec lequel je ne suis pas spécialement en difficulté car il est toujours intéressant de croiser les regards.
Trois conseils avant sa première supervision
S’il fallait finalement retenir trois choses pour un psychologue qui commence à se faire superviser, ce seraient celles-ci :
1. Choisir un superviseur dont le référentiel théorique vous est familier.
Partager un langage clinique commun permet souvent d’aller beaucoup plus rapidement au cœur de la situation.
2. Choisir quelqu’un avec qui vous vous sentez suffisamment en confiance.
Vous devez pouvoir parler de vos doutes et de vos erreurs sans avoir le sentiment de passer un examen.
3. Oser apporter ce qui vous met réellement en difficulté.
Vos incompréhensions, vos émotions, vos maladresses, les moments où vous ne savez plus quoi faire. Autrement dit, accepter de vous mettre un peu « en danger » dans cet espace sécurisé.
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