Thérapie ACT : qu’est-ce que la thérapie d’acceptation et d’engagement ?

La thérapie d’acceptation et d’engagement, plus connue sous l’acronyme ACT (Acceptance and Commitment Therapy), est une approche issue des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Développée à partir des années 1980 par le psychologue américain Steven C. Hayes et ses collaborateurs, elle est généralement rattachée à la troisième vague des TCC.

Son objectif ? Développer la flexibilité psychologique : notre capacité à faire une place à nos pensées et à nos émotions, même lorsqu’elles sont inconfortables, tout en continuant à agir en direction de ce qui compte réellement pour nous.

Autrement dit, la thérapie ACT ne pose pas la question :

« Comment réduire ce que je ressens ? »

Elle nous invite plutôt à nous demander :

« Comment ai-je envie de vivre, y compris lorsque certaines émotions difficiles sont présentes ? »

Qu’est-ce que la thérapie ACT ?

L’ACT est une approche transdiagnostique. Elle s’intéresse moins à une étiquette diagnostique qu’aux processus psychologiques qui participent aux difficultés d’une personne et à la manière dont ceux-ci fonctionnent dans son contexte de vie.

Elle part notamment d’un constat assez simple : la souffrance fait partie de l’expérience humaine.

Nous avons souffert, nous souffrons ou nous souffrirons tous à certains moments de notre vie.

Et lorsque quelque chose nous fait souffrir, notre réaction est souvent très naturelle : nous essayons de nous en débarrasser.

Le problème n’est pas nécessairement cette réaction en elle-même.

Il apparaît lorsque nos tentatives pour contrôler ou éviter certaines expériences intérieures finissent progressivement par prendre tellement de place qu’elles nous éloignent de la vie que nous souhaitons mener.

Évitement expérientiel : quand ne plus souffrir devient le problème

Imaginez une personne très anxieuse à l’idée de prendre la parole en public.

Elle évite une première présentation.

Immédiatement, son anxiété diminue.

La fois suivante, elle évite à nouveau.

À court terme, cette stratégie fonctionne donc très bien : ne pas prendre la parole lui permet de ne pas ressentir cette anxiété.

Mais à plus long terme ?

Peut-être renonce-t-elle progressivement à certaines réunions. Puis à une évolution professionnelle qui lui tenait pourtant à cœur.

C’est ici que le regard de la thérapie ACT devient particulièrement intéressant.

La question n’est plus seulement :

« Est-ce que cette stratégie réduit mon inconfort ? »

Mais aussi :

« À long terme, est-ce qu’elle me rapproche ou m’éloigne de la vie que je souhaite mener ? »

Certaines stratégies très efficaces pour diminuer notre souffrance dans l’immédiat peuvent en effet progressivement réduire notre champ d’action.

L’objectif de l’ACT n’est donc pas de rechercher la souffrance, ni de renoncer à aller mieux.

Il s’agit plutôt d’apprendre à ne plus organiser toute sa vie autour de la nécessité d’éviter certaines pensées, sensations ou émotions, afin de retrouver suffisamment de liberté pour agir en direction de ce qui compte pour nous.

Sur quoi repose la thérapie d’acceptation et d’engagement ?

La théorie des cadres relationnels (RFT)

L’ACT s’appuie notamment sur la théorie des cadres relationnels, ou Relational Frame Theory (RFT), une théorie comportementale du langage et de la cognition.

Notre capacité à créer des relations entre les événements est extrêmement utile. Un simple mot peut évoquer une image, une émotion, un souvenir ou tout un réseau d’associations.

Prenons le mot « accident ».

Il peut suffire à faire apparaître des images de voiture, de blessure ou de mort. Et parfois provoquer immédiatement une réaction émotionnelle, alors même qu’aucun accident n’est en train de se produire.

Cette formidable capacité humaine à créer des liens et à donner du sens peut aussi participer à notre souffrance lorsque nos pensées acquièrent une telle influence que nous nous mettons à agir comme si elles décrivaient nécessairement la réalité.

L’ACT ne cherche alors pas forcément à supprimer ou à contester ces pensées.

Elle nous apprend notamment à modifier notre relation avec elles.

Le contextualisme fonctionnel : « Est-ce que cela fonctionne pour vous ? »

L’ACT s’inscrit également dans une philosophie appelée le contextualisme fonctionnel.

En pratique clinique, cela nous invite à nous intéresser à la fonction d’un comportement dans un contexte donné plutôt qu’à décider trop rapidement s’il est « bon » ou « mauvais ».

Éviter, contrôler, vérifier, demander à être rassuré, ruminer…

Que produit cette stratégie ici et maintenant ?

Et surtout : quelles conséquences a-t-elle à plus long terme ?

Une question revient alors régulièrement :

« Est-ce que cette manière de faire fonctionne pour vous, au regard de ce qui compte vraiment dans votre vie ? »

Si oui, il n’y a pas nécessairement de raison de la changer.

Si non, nous pouvons explorer une autre question :

« Quel petit pas pourriez-vous faire aujourd’hui en direction de la personne que vous souhaitez être ? »

L’Hexaflex en ACT : les 6 processus de la flexibilité psychologique

L’ACT représente traditionnellement six grands processus sous la forme d’un hexagone : l’Hexaflex.

Ces six processus participent au développement de la flexibilité psychologique, c’est-à-dire la capacité à être en contact avec ce que nous vivons tout en adaptant nos comportements au contexte et à ce qui compte pour nous.

1. L’acceptation

Accepter ne signifie ni apprécier ce qui nous arrive, ni nous résigner.

Il s’agit de faire une place à certaines expériences internes — émotions, sensations, pensées — lorsqu’essayer de les éliminer à tout prix nous éloigne de ce qui compte pour nous.

2. La défusion cognitive

Nous avons tous tendance, à certains moments, à prendre pour argent comptant ce que nous raconte notre tête :

« Je vais échouer. »

« Je ne suis pas capable. »

« Ils vont me juger. »

La défusion cognitive consiste à apprendre à observer une pensée comme une pensée, plutôt que comme une vérité absolue ou un ordre auquel nous devrions nécessairement obéir.

3. Le contact avec le moment présent

Notre esprit voyage constamment : il rejoue le passé, anticipe le futur, analyse, compare, juge.

L’ACT nous invite à développer notre capacité à revenir à l’expérience présente et à porter notre attention, avec davantage de souplesse, sur ce qui est là.

4. Le soi comme contexte

Nous ne sommes pas réductibles aux pensées, aux émotions ou aux histoires que nous racontons sur nous-mêmes.

L’ACT travaille notre capacité à observer nos expériences internes sans nous confondre totalement avec elles : une perspective depuis laquelle pensées, émotions et sensations peuvent être remarquées.

5. Les valeurs

Famille, relations, travail, apprentissage, créativité, contribution, spiritualité, loisirs…

Les valeurs en ACT ne sont pas des objectifs à atteindre ou à cocher sur une liste.

Elles représentent plutôt des directions choisies, des qualités d’action qui peuvent donner du sens à notre parcours.

Une valeur ressemble ainsi davantage à un phare qu’à une destination : nous ne l’atteignons jamais définitivement, mais elle peut nous aider à choisir une direction.

6. L’action engagée

Enfin, identifier ses valeurs ne suffit pas.

L’ACT accompagne la personne pour transformer ces directions en comportements concrets : faire des choix, essayer, ajuster, recommencer et avancer progressivement vers ce qui compte pour elle.

Parfois avec de l’inconfort.

Parfois avec de la peur.

Parfois même avec de la souffrance.

L’enjeu n’est donc pas d’attendre de ne plus souffrir pour commencer à vivre, mais de retrouver la liberté d’avancer vers une vie qui a du sens, y compris lorsque certaines expériences difficiles sont présentes.

Exemple de thérapie ACT : quand l’anxiété réduit progressivement notre vie

Prenons l’exemple fictif de Sophie, 38 ans.

Sophie est compétente dans son travail et apprécie ce qu’elle fait. Depuis quelque temps, son responsable lui propose de prendre davantage de responsabilités, notamment en présentant certains projets lors des réunions d’équipe.

Le problème ?

Prendre la parole devant plusieurs personnes l’angoisse énormément.

Quelques jours avant une présentation, son esprit commence déjà à lui raconter :

« Je vais perdre mes moyens. »

« Ils vont voir que je ne suis pas à la hauteur. »

« Je vais rougir et tout le monde va le remarquer. »

Plus la réunion approche, plus l’anxiété monte.

Sophie prépare alors énormément son intervention. Elle écrit chaque phrase, répète plusieurs fois chez elle et imagine toutes les questions auxquelles elle pourrait devoir répondre.

Puis, la veille de la réunion, l’angoisse devient trop forte.

Elle demande finalement à un collègue de présenter le projet à sa place.

Et immédiatement, elle se sent soulagée.

Une stratégie qui fonctionne… à court terme

Sophie vient d’échapper à une situation extrêmement inconfortable et son anxiété diminue presque instantanément. D’un point de vue comportemental, l’évitement est ainsi renforcé par la disparition de l’inconfort : c’est ce que l’on appelle un renforcement négatif.

Quelques semaines plus tard, Sophie refuse une nouvelle présentation.

Puis elle commence à rester davantage en retrait pendant les réunions.

Lorsqu’un poste avec davantage de responsabilités se libère, elle hésite à candidater.

Progressivement, son monde devient un peu plus petit.

Non parce qu’elle manque nécessairement d’envie ou de compétences, mais parce qu’une part croissante de ses décisions est guidée par un objectif : ne pas ressentir son anxiété.

Passer de « ne plus ressentir » à « vers quoi ai-je envie d’aller ? »

En thérapie ACT, nous pourrions alors lui demander :

« Si cette anxiété n’avait pas autant de pouvoir sur vos décisions, vers quoi aimeriez-vous aller ? »

Sophie pourrait répondre qu’elle aimerait progresser professionnellement, transmettre ses idées et prendre davantage sa place dans son équipe.

Nous commençons alors à explorer ce qui compte pour elle dans le domaine professionnel et les valeurs qu’elle souhaite incarner.

La question change.

Il ne s’agit plus de savoir :

« Comment faire disparaître mon anxiété ? »

Mais plutôt :

« Est-ce que je peux avancer vers ce qui compte pour moi, même si mon anxiété vient avec moi ? »

Défusion, acceptation et action engagée en pratique

Sophie pourrait apprendre à remarquer la pensée « Je vais me ridiculiser » lorsqu’elle apparaît, sans nécessairement chercher à déterminer si elle est vraie ou fausse :

« Tiens, mon esprit me raconte à nouveau que je vais me ridiculiser. »

C’est un premier mouvement de défusion cognitive.

Elle pourrait également apprendre à reconnaître les sensations présentes avant une réunion : le cœur qui accélère, la chaleur dans le visage, la tension dans le ventre… et essayer progressivement de leur faire une place plutôt que de consacrer toute son énergie à les faire disparaître.

C’est le travail d’acceptation.

Puis viendrait l’action engagée.

Pas nécessairement commencer par une présentation d’une heure devant cinquante personnes.

Peut-être poser une question lors de la prochaine réunion.

Puis présenter une idée pendant deux minutes.

Puis accepter de présenter une petite partie d’un projet.

Chaque étape est choisie non parce qu’elle garantit l’absence d’anxiété, mais parce qu’elle rapproche Sophie de la professionnelle qu’elle souhaite être.

Quel est finalement l’objectif d’une thérapie ACT ?

Cet exemple illustre un changement de perspective essentiel.

En ACT, l’objectif thérapeutique ne se limite pas nécessairement à faire disparaître une pensée ou une émotion inconfortable. Il s’agit de développer davantage de flexibilité psychologique pour que cette expérience intérieure ne décide plus, à elle seule, de la direction que prend notre vie.

Accepter ne veut donc pas dire se résigner.

Il s’agit de pouvoir faire de la place à ce qui est présent tout en continuant, lorsque cela est possible, à avancer vers ce qui compte.

Le progrès thérapeutique ne se mesure alors pas à la quantité d’inconfort qui disparaît, mais à la qualité de vie que la personne retrouve.

Pour enrichir votre posture thérapeutique, nous avons conçu un programme spécifique à la découverte de la thérapie d’acceptation et d’engagement.

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