Lorsqu’un suivi thérapeutique est bloqué : comment retrouver un cap ?

Je suis Anne-Françoise Chaperon, psychologue clinicienne, formatrice et superviseuse en Thérapie Cognitive Processuelle (TCP). Pendant une vingtaine d’années, j’ai pratiqué les thérapies cognitives et comportementales avec beaucoup d’intérêt, mais aussi avec le sentiment récurrent de ne pas toujours parvenir à aider mes patients aussi profondément que je l’aurais souhaité.

Malgré les outils dont je disposais et les connaissances acquises au fil de mes formations, certaines prises en charge me laissaient une impression d’inachevé. Les séances étaient riches, les patients comprenaient mieux leurs difficultés et l’alliance thérapeutique était satisfaisante, sans que ces avancées se traduisent nécessairement par des changements durables dans leur quotidien.

En 2012, ma découverte de la Thérapie Cognitive Processuelle, développée par le professeur Irismar Reis de Oliveira, a marqué un tournant dans ma pratique. J’y ai trouvé ce qui me manquait jusqu’alors : une manière de relier les différentes dimensions du fonctionnement psychologique et de construire un fil conducteur suffisamment clair pour guider le travail thérapeutique.

Aujourd’hui, à travers mes activités de formation et de supervision, je constate que ces difficultés sont loin d’être isolées. De nombreux psychologues, y compris parmi les plus expérimentés, se retrouvent confrontés à des suivis qui stagnent malgré leur investissement et celui de leurs patients.

Pourquoi certains patients comprennent-ils leurs difficultés sans parvenir à changer ?

L’une des particularités du travail thérapeutique tient au fait que le désir de changement coexiste souvent avec des mécanismes qui contribuent à maintenir les difficultés.

Un patient souffrant d’anxiété sociale peut souhaiter prendre davantage la parole en public tout en continuant à éviter les situations où il risque d’être jugé. Cet évitement lui procure un soulagement immédiat, mais l’empêche également de découvrir qu’il pourrait affronter ces situations autrement.

Ce paradoxe se retrouve dans de nombreuses problématiques cliniques : les comportements qui semblent freiner le changement remplissent souvent une fonction protectrice, même lorsqu’ils deviennent coûteux à long terme.

Il arrive ainsi qu’un patient identifie parfaitement ses pensées automatiques, comprenne l’origine de ses difficultés et reconnaisse le rôle de certains comportements, sans pour autant parvenir à les modifier.

La compréhension intellectuelle d’un problème ne suffit pas toujours à transformer les processus qui l’entretiennent.

Pour le thérapeute, cette situation peut être particulièrement déstabilisante. Lorsque les séances se succèdent sans évolution significative, la tentation est grande de chercher une nouvelle intervention, d’approfondir davantage l’histoire du patient ou de multiplier les exercices.

Or, ce n’est pas nécessairement une technique supplémentaire qui permettra de débloquer la situation.

Le véritable défi : savoir quoi travailler, pourquoi et à quel moment

Dans les supervisions que j’anime, je rencontre régulièrement des psychologues qui disposent de nombreuses compétences, mais éprouvent des difficultés à organiser leurs interventions dans une progression cohérente.

Cette incertitude peut devenir une véritable source d’épuisement professionnel, notamment lorsque le thérapeute continue à réfléchir aux difficultés de ses patients bien après les consultations, avec le sentiment de ne pas en faire suffisamment.

Avec l’expérience, j’ai acquis la conviction que nous ne manquons pas toujours d’outils, mais parfois d’une vision suffisamment claire des mécanismes sur lesquels nous devons intervenir.

Une question me paraît particulièrement utile pour orienter cette réflexion : qu’est-ce qui fait que le problème de mon patient ne s’est pas résolu spontanément ?

Elle nous invite à dépasser la seule description des symptômes pour rechercher les facteurs qui contribuent à leur maintien, qu’il s’agisse de stratégies d’évitement, de comportements de sécurité ou de croyances profondément ancrées.

C’est exactement cette logique que j’ai retrouvée dans la Thérapie Cognitive Processuelle, qui propose une démarche structurée permettant d’articuler la conceptualisation clinique, le choix des interventions et le travail sur les croyances centrales.

L’intérêt de cette approche ne réside pas dans la multiplication des techniques, mais dans la possibilité de comprendre comment elles s’inscrivent dans un même processus thérapeutique.

Retrouver un fil conducteur sans perdre sa souplesse clinique

Disposer d’un cadre structuré ne signifie pas appliquer mécaniquement un protocole identique à tous les patients. Au contraire, une conceptualisation suffisamment claire permet de mieux comprendre les difficultés qui apparaissent au cours du suivi et d’ajuster les interventions sans perdre de vue les objectifs définis ensemble.

Cette organisation contribue également à rendre le travail plus lisible pour le patient, qui comprend davantage le sens des exercices proposés et la manière dont ils participent à son évolution.

Pour ma part, la TCP a profondément transformé ma manière de travailler, en m’apportant des repères qui me permettent aujourd’hui d’aborder les situations cliniques complexes avec davantage de clarté et de sérénité.

C’est cette expérience que je souhaite transmettre aux psychologues qui rencontrent les mêmes interrogations que celles qui ont longtemps accompagné ma pratique.

Car face à un suivi qui stagne, la question n’est pas toujours de savoir quelle nouvelle technique proposer, mais de comprendre ce qui empêche encore le changement et comment organiser le travail pour permettre au patient d’avancer.

Pour aller plus loin : découvrir la Thérapie Cognitive Processuelle

J’ai réuni dans un livre blanc les principes fondamentaux de la Thérapie Cognitive Processuelle, afin de montrer comment cette approche permet de construire un fil conducteur tout au long du suivi, depuis la conceptualisation de cas jusqu’au travail sur les croyances centrales négatives.

Vous y découvrirez notamment comment le diagramme de conceptualisation à trois niveaux aide à organiser les informations cliniques, pourquoi la métaphore du procès occupe une place centrale dans cette approche et comment la participation active du patient peut devenir un levier du changement.

Si vous avez parfois le sentiment de disposer de nombreux outils sans toujours savoir comment les articuler, ce livre blanc vous permettra de découvrir une autre manière de structurer votre pratique.

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